Mets ça dans ton compost!

Le processus créatif me fascine. Il a un aspect mystérieux et terrifiant pour les bêtes contrôlantes que nous sommes. On attend Germinating_zinnia_flowersl’inspiration avant de se lancer. On dresse des plans, des structures de contenu avant de s’y mettre, comme si ces gestes concrets pouvaient maîtriser la peur. Pourtant, il semble que pour créer, il suffise de bien peu de choses mais ô combien intimidantes : ouvrir les mains, lâcher la corde… et sauter dans le vide.

Ma petite boite à idées

Derrière ma tête, juste un peu plus haut que ma nuque, à la base de mon crâne, se cache un trésor. Oh, c’est certainement intangible, quelque chose qui se dissimule dans les cellules et qui, comme la transmission des idées ou la circulation des atomes, demande de la foi. Je l’appelle mon COMPOST parce que lorsque j’y dépose un élément et que je l’y laisse macérer, il en ressort toujours neuf, transformé, accompli. Et cela sans aucun effort! Que de la patience et du temps. Le TEMPS, cette belle nécessité en écriture…

J’y réfléchis ou je l’écris?

Par exemple : mon personnage de Lisette Guérard me demande plus de clarté. C’est une esquisse bien entamée, mais il y manque de la véracité, des précisions, une certaine profondeur. Je m’installe donc, pianotant furieusement sur mon clavier. J’écris, je peaufine. J’imagine des situations, des détails de sa vie que je ramène à la lumière, des secrets, oh oui, on aime ça, des secrets ! Mais ça ne FONCTIONNE PAS. C’est trop… volontaire, arrêté, défini.

Je le laisse aller, tout simplement

C’est exactement à ce moment que je dois confier le tout à mon compost : je prends mon personnage, les idées pêle-mêle que j’ai à son sujet, les possibilités que j’entrevois pour elle… et je fous ça dans mon compost, dans ma boite à fermenter. Et là, j’attends. J’oublie l’existence même de ce personnage, je me penche sur autre chose ou j’arrête d’écrire tout simplement.

Et pendant ce temps…

Est-ce que je m’inquiète ? Est-ce que j’y reviens tout le temps? Est-ce que je me pousse à agir? Noooooooooooon! J’ai la foi, vous vous souvenez? Parce qu’aussi intangible que mon compost puisse être, son effet est bien réel : IL TRAVAILLE POUR MOI! Je n’ai rien d’autre à faire que de me tasser du chemin et d’attendre un peu… Pas si facile, vous en conviendrez!

Ça germine!

Un matin je me lève et hop! le matériau brut de ma Lisette m’apparaît, une belle matière organique qui ne demande qu’à être texturée. La direction à prendre est claire, je sais de l’intérieur ce qu’il faut écrire sur elle. J’imagine qu’un céramiste éprouve le même plaisir quasi charnel à pétrir l’argile que j’en ai à façonner mon personnage… Alors chaque fois qu’une difficulté d’écriture surgit (et Dieu sait s’il y en a!), je mets ça dans mon compost… et je le laisse travailler.

Anne-Marie Desbiens

Pourquoi écrire?

plumeJe me souviens d’avoir fabriqué moi-même un petit livre lorsque j’avais sept ans… Depuis ce temps, l’idée ne m’a jamais quittée. Il a fallu la quarantaine pour qu’enfin, je m’y mette plus sérieusement. Pourquoi ce désir m’habite-t-il autant?

Peut-être parce que je suis une fille timide qui trouve plus facilement les mots sous sa plume que sous sa langue.

Sans doute parce que je suis sensible aux images que provoquent les mots et apaisée par les histoires que ces mots font naître dans mon imaginaire.

Pour laisser une trace aussi et rappeler à toute cette jeunesse qui pousse que la vie que nous menons maintenant, bien qu’elle soit parfois difficile, a été façonnée par les durs labeurs de nos ancêtres.

Probablement parce que l’être humain me fascine et m’inspire. Du plus médiocre au plus gentil, du plus bête au plus intelligent, du plus terre à terre au plus lunatique… La force de l’un devenant la faiblesse de l’autre. Assurément, les gens m’enivrent d’histoires.

Dans le même ordre d’idées, j’avoue que l’être humain est parfois ardu à comprendre. Mais quand on se donne la peine de gratter un peu, de fouiller l’âme de ces gens, tout s’éclaire. Quoi de mieux qu’un roman truffé de personnages attachants pour comprendre ces différences?

Je crois par-dessus tout qu’écrire me permet de puiser en moi les richesses qui s’y cachent et les ressources qui m’aident à goûter la vie. Bien sûr, je dois aussi avouer que la fillette lunatique qui dort en moi adore ce moment où elle peut se laisser aller à rêver, sans contraintes…

Au plaisir de vous faire vibrer, futurs lecteurs et lectrices.

Isabelle Lord

Ces mots qui me touchent, qui m’inspirent.

imagesDepuis quelques années, les mots ont pris une importance pour moi. Dans mon travail, je tente d’utiliser les mots justes afin de m’exprimer adéquatement auprès de mes collègues.

Lorsqu’une amie a besoin de soutien, je m’assure d’utiliser le mot qui saura la réconforter. Lorsque je décris l’histoire de mes personnages, je fais des validations pour m’assurer d’utiliser le mot approprié et correctement orthographié. Récemment, j’ai pris conscience que la signification que j’accorde à certains mots évolue. Ma perception et ma définition peuvent changer selon les expériences que je vis ou dont je suis témoin, ce qui colore différemment mon style d’écriture.  

Mots puissants  

Les gens près de moi savent que j’accorde une importance particulière à certains mots, car ils sont puissants et pleins de sens. Je n’ai qu’à les évoquer, les lire ou les entendre pour tout de suite comprendre le contexte et l’enjeu.  Courage, détermination et bienveillance font partie de ces vocables qui m’habitent particulièrement à travers l’expérience de l’écriture de mon roman ou de la participation à ce blogue.  

Courage

Arrêtez-vous quelques instants. Et demandez-vous, qu’est-ce que le courage? De la volonté, du zèle, de l’ardeur. Tous ces mots faisaient partie de ma définition « théorique » du Courage. Lorsque ma mère était à ses derniers jours, son désir de vivre était plus fort que la souffrance qu’elle subissait. Malgré la peur d’affronter l’inconnu et la peine de quitter ceux qu’elle aimait, le mot courage a pris tout son sens lorsqu’elle a accepté de laisser aller son dernier souffle. C’est à ce moment qu’elle m’a transmis le courage de laisser naître Marc sur papier, le personnage principal de mon premier roman.

Détermination

Je me suis souvent demandé si le fait d’être déterminée était une qualité ou un défaut. Selon la circonstance, certaines personnes peuvent qualifier la détermination de « tête dure ». De voir un jeune enfant qui apprend à marcher chuter et se relever à multiples reprises m’a enseigné que pour réussir à marcher droit dans la vie, avec aplomb et confiance, celui-ci doit vivre sa détermination dans tous les sens. C’est-à-dire être décidé, résolu et assumer sa tête dure! Tel ce jeune enfant, mes personnages et moi-même devrons faire preuve de détermination afin d’arriver au mot FIN de mon roman. Depuis le début de mon projet, j’ai dû réapprendre à écrire, à synthétiser et à me faire confiance. Ma tête dure m’est très utile.

Bienveillance

La notion de bienveillance et d’indulgence a toujours fait partie de mes valeurs. Encore plus depuis que je me suis mise en action pour écrire mon roman. L’accueil et le respect que me témoignent mes quatre amies blogueuses lorsqu’elles me font des rétroactions sur mes textes, me permettent de bien les accepter et de prendre confiance dans mon écriture.  Je ne peux qu’être en accord avec Goethe qui disait : « On ne vit réellement que quand on jouit de la bienveillance des autres. »

Je me laisse imprégner par la puissance de la langue française car elle me fascine. Et je m’inspire des interprétations que chacun fait des mots. Lorsque je me pose pour écrire, voilà ce qui se traduit au bout de mes doigts : le souvenir que j’ai du
regard courageux d’un passant, une larme qui coule sur le visage d’une vieille dame à qui une infirmière a démontré de la bienveillance ou le souffle court d’un athlète qui a fait preuve de détermination pour terminer sa course.

Un nouveau mot s’ajoute à la liste de mes mots puissants…..OSER.  Eh oui, j’ose vous partager mon goût d’écrire.

Annie Gingras