Les ateliers littéraires (partie 1)

Si vous demandez aux filles ce qu’elles pensent des ateliers d’écriture, vous serez surpris. Rien à voir avec un clonage d’idées. Un seul sujet, mais des expériences et des angles si différents! Suivez-nous, ça vaut la peine.

Voici ce que Mariko en pense.

Écrire sur un sujet tabou

image_gratitudeJe me souviendrai toujours de mon premier atelier littéraire. Je souhaitais me joindre à une communauté d’écrivains depuis longtemps. J’avais commencé à écrire des petites histoires, toutes sur le même sujet qui m’obsédait, c’était plus fort que moi. Bien sûr, je voulais participer à des ateliers d’écriture. Mais il y avait un problème.

Je ne suis pas assez bonne. Et mes histoires n’intéresseront personne. Et puis, chacun a suffisamment de drames dans sa vie sans que j’y ajoute les miens en plus! C’est ce que j’avais trouvé comme excuses pour remettre ce projet à plus tard lorsqu’Anne-Marie m’avait proposé de me joindre à son groupe.

En fait, la vraie raison qui justifiait ma réticence, c’était ma peur de choquer les gens avec mes sujets tabous. Disons que les thèmes de la pédophilie, de l’inceste et du viol sont rarement abordés en fiction! Les sujets tabous ne sont pas tabous pour rien : ils peuvent susciter de vives réactions chez celui qui écoute. J’anticipais celles-ci avec anxiété et j’éprouvais un certain malaise à l’idée de lire mes textes devant des inconnus.

Grâce aux encouragements répétés d’Anne-Marie, j’y suis finalement allée. Je suis arrivée à l’atelier avec un nœud dans le ventre. Lorsque ce fût mon tour de faire la lecture, j’avais les mains moites et le souffle court. J’ai à peine osé lire du bout des lèvres ma première histoire, qui me paraissait à la fois si personnelle et si essentielle. J’étais terrifiée à l’idée que quelqu’un dans le groupe ait vécu des expériences similaires aux agressions de mon personnage : je m’imaginais qu’un des participants allait faire une crise en se roulant en boule dans un coin et en suçant son pouce. Néanmoins, j’ai lu jusqu’au bout.

Puis, l’animatrice m’a souri. Elle m’a dit que c’était courageux et original d’aborder des thèmes aussi difficiles. Que c’était audacieux. Et intéressant. Elle m’a grandement encouragée à poursuivre dans cette voie pour que j’écrive ce qui cherchait à émerger de moi. Elle m’a répété qu’aucun sujet n’est trop difficile. Qu’il me faudrait apprivoiser mon sujet et avoir le courage des histoires que je veux raconter.

Sur le chemin du retour, j’ai cassé les oreilles d’Anne-Marie avec ma voix-beaucoup-trop-aigüe-parce-que-trop-euphorique : OH MY GOD!!! J’ai le droit, Anne-Marie, j’ai le droit d’écrire sur ce sujet!!! Je pouvais dorénavant aborder ces thèmes si délicats sans gêne, sans honte et en plus, intéresser les lecteurs!

Cet atelier m’a donné des ailes. J’ai l’impression de m’être trouvée exactement au bon endroit au bon moment. J’ai beaucoup apprécié l’écoute, la chaleur, les commentaires et les encouragements des participants.

Merci à l’animatrice pour ses bons mots, merci à la gang de m’avoir si bien accueillie ce jour-là. Et surtout, merci à Anne-Marie d’avoir insisté jusqu’à ce que j’ose participer à un atelier d’écriture.

Je suis débordante de gratitude.

 

Mariko Beaupré

                                                                                                                      

Voici ce que Danielle en pense.

Se relever élégamment

 

image-joieMariko, chère Mariko, je me réjouis de ton enthousiasme au sujet des ateliers. Je dois par contre t’avouer que chez moi, ce sujet réveille quelques mines antipersonnelles. Je préfère te mettre en garde, je ne voudrais surtout pas freiner ton élan. Libre à toi de lire la suite…

J’ai participé à plusieurs séminaires d’écriture au cours des quinze dernières années. Au début, ces activités m’ont littéralement propulsée dans le monde de l’écriture et je fus irrésistiblement amenée à la publication d’un conte. Excellent départ, n’est-ce pas? Au cours des deux dernières années, une autre série d’ateliers m’a menée à ce blogue. Bravo! Et merci à mes coéquipières pour leur soutien.

Toutefois, entre ces deux périodes certaines expériences m’ont figée au point de ne plus pouvoir écrire ou de laisser mes créations dormir confortablement dans les tiroirs. Que s’est-il passé?

Au départ, ces activités de groupe m’ont donné des ailes. Je voulais simplement explorer. Heureuse novice, je m’amusais comme une enfant, je découvrais, je créais librement, j’apprenais par pur plaisir. Une réussite.

Mais au fil du temps, le jeu s’est transformé en torture. Tout à coup, autour d’une table de travail, la lecture de mes textes prenait une tournure de supplice. Les autres étaient devenus une véritable obsession. La dame qui fouillait dans sa bourse, le participant généreux de commentaires désobligeants (eh oui, ça peut arriver!), les yeux qui fuyaient mon regard et pire, oh! tellement pire, les silences. Tout ça se mit à nourrir une idée dévastatrice : « Je me plantais royalement! »

Un atelier c’est comme une pièce de monnaie : on peut tomber pile dans le mille pour des heures enivrantes, mais on peut aussi ressentir l’odieux d’y perdre la face. Voilà ce qui m’est arrivé. Pourquoi? Parce que sans le savoir, le plaisir s’est éclipsé au détriment d’une recherche démesurée d’approbation.

Je ne voyais pas le troisième côté de la pièce : le centre qui cimente pile et face. Il m’a fallu retourner au champ de bataille pour le découvrir. Dents serrées, pied sur le frein, le corps coincé dans un étau, j’ai renoué avec les ateliers. Le chemin s’est avéré laborieux, mais alléluia! Je suis finalement sortie de ma léthargie. J’ai continué à profiter des conseils et des commentaires fort utiles de mes complices, tout en m’octroyant cette fois le privilège du droit de veto sur mes écrits, peu importe les remarques formulées ou les silences cacophoniques.

J’ai récupéré le droit de vie ou de mort sur mes écrits.

La peine de mort est abolie. Victoire!!!

 

Un jeune garçon… le silence de sa mère…. un sentiment de culpabilité…  

Pour lire une nouvelle de Danielle, cliquez sur ce lien : La faute

Danielle Hudon

Pour connaître les expériences d’Isabelle et d’Anne-Marie sur le même sujet, lisez le billet Les ateliers littéraires, partie 2.

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