Les ateliers littéraires (partie 2)

Il y a 3 semaines, Mariko et Danielle vous ont raconté leur expérience personnelle des ateliers d’écriture. Isabelle et Anne-Marie ne résistent pas à l’envie de partager à leur tour leur vécu. 

Voici ce qu’Isabelle en pense.

La vie va trop vite, je ne vous apprends rien. Pour échapper à cet incessant tourbillon, je m’accorde une trêve un samedi par mois et me rends à mes ateliers d’écriture. Je roule lentement vers les montagnes des Cantons de l’Est, accompagnée de ma musique préférée et je d-é-c-r-o-c-h-e!image

Quel bonheur de retrouver Marie, notre animatrice, entourée de passionnés qui, tout comme moi, vibrent au son d’un crayon glissant sur le papier et du bruit des doigts qui pianotent sur le clavier.

C’est là que démarre le petit hamster. Vous le connaissez, celui-là? Il bousille nos émotions et nous empêche de réfléchir logiquement. Difficile de l’arrêter, même s’il ne va nulle part! C’est là que le groupe prend tout son sens : encouragements, soutien et conseils émanent de tout un chacun pour dénicher des réponses ou, à tout le moins, des pistes de solutions. Elles sont toutes là, mes « co » passionnées et vous les connaissez.

Anne-Marie, avec ses mots qui chantent et sa voix remplie de musique lorsqu’elle lit un extrait de son roman, dans lequel Françoise nous tient captive;

Danielle et ses brins d’histoires fixées dans des moments de vie marquants et toujours assorties de conclusions saisissantes;

Mariko, craintive de choquer les gens, mais à la fois prête à déplacer des montagnes pour dénoncer un sujet tabou, à travers ses nouvelles ébranlantes;

Annie, empreinte de richesses humaines et d’une spiritualité apaisante, qui travaille à faire vivre Marc dans son roman où l’abandon sait nous faire vibrer.

Puis, il y a moi, observatrice à l’œil clair, incertaine de mon roman aux personnages attachants, mais persévérante malgré tout.

L’après-midi, nous mettons le nez dans nos textes. Dans le silence du studio d’écriture résonnent les claviers, les raclements de gorge et les soupirs qui expriment tantôt un découragement, tantôt une petite victoire.

Quand vient le moment de lire un extrait, j’ai la gorge nouée et mes yeux s’embrument… Mais pourquoi? Sans doute parce qu’Émily, l’héroïne de mon roman, est bien vivante en moi et son bonheur, comme son malheur, me touchent.

Écrire implique bien plus que des mots. C’est l’émotion, le rêve, les croyances, les passions que nous puisons au fond de nous que nous étalons sur papier ou sur écran.

Écrire, c’est façonner des personnages, des histoires et une vie entière, lettre après lettre.

Écrire ne se résume pas à aligner des mots les uns après les autres. Il faut savoir choisir LE bon et l’entourer des plus justes, pour ainsi, transformer une histoire ordinaire en récit extraordinaire!

Écrire me permet de d-é-c-r-o-c-h-e-r.

Voilà ce que je vis et apprends dans mes ateliers d’écriture.

Isabelle Lord

                                                                                                          

Voici la réponse d’Anne-Marie.

Ma chère Isabelle,

J’accroche à ton d-é-c-r-o-c-h-a-g-e qui te mène joyeusement sur la route… et je te suis! À travers ton expérience des ateliers, tu parles de l’essence même de l’écriture. J‘enchaîne à ta suite et je parle de sa renaissance. Essence et renaissance. On aurait pu difficilement faire mieux comme coïncidence…image

J’ai beaucoup appris dans mes ateliers d’écriture. Agencer les dialogues et la trame narrative, organiser les scènes, préciser un terme, clarifier une intention, détailler les personnages, donner à voir, couper, couper, encore couper. J’y ai appris à écrire, mais le plus important : à être déconstruite et à tout recommencer.

La dégringolade
Je suis arrivée avec ce que j’appelle maintenant la «genèse de mon roman», un ramassis insupportable (beaucoup trop d’adjectifs, de qualificatifs, de superlatifs) d’une auteure exaltée qui s’écoute écrire, en remet et en rajoute : amènes-en, fille, c’est pas de l’onguent! Je m’étais inscrite pour 5 ateliers. Ma déconstruction s’est échelonnée tranquillement sur les quatre premiers avec, comme résultat, la mort clinique de l’auteure : Flat Line. Plus un mot, plus un battement de cœur. Un néant, le noir absolu. La mort. Dans ma tête résonnait le conseil ultime de Marie, ma coach : «Mets-toi en arrière de ton personnage et écris.»

On efface et on recommence
Après deux semaines de deuil intense et de silence opaque, je me suis levée à 4 h du matin, aussi bien dire en pleine nuit, dans une maison silencieuse, seule avec le chat. Je me suis assise sur la chaise la plus inconfortable de la maison, la petite chaise jaune en coin dans la salle à manger, et j’ai suivi le conseil de Marie.

J’ai fait fi de mes opinions, de ma volonté, je me suis connectée à mon personnage, Françoise, et j’ai écrit timidement, sobrement, sans en avoir l’air, une minuscule scène à la troisième personne. Que j’ai lue au 5e et dernier atelier. À peine en ai-je eu terminé la lecture que mes camarades m’ont tous encouragée, félicitée. Quelle validation! Certaines avaient eu peur pour moi, s’inquiétant de la façon dont j’allais être capable de me sortir de mon trou noir.

Remonter la pente
Forte de cette expérience qui m’a électrisée, j’ai continué à écrire humblement d’autres petites scènes que je tissais dans mon coin comme autant de petits carrés ajoutés à ma courtepointe. Lentement, très lentement, les scènes disparates de toutes les couleurs se sont multipliées, finalement mises bout à bout, assemblées par un fil invisible, le fil conducteur de mon intrigue.

Presque arrivée
Aujourd’hui, j’en suis à la dernière version de mon roman, en partie grâce aux ateliers. Ils m’ont appris à vivre quelques-uns de ces mots forts si chers à Annie : la solitude de la création, la bienveillance de ma communauté d’écriture, le courage de tout recommencer et la persévérance de continuer.

Anne-Marie Desbiens