Parlez-en donc!

téléphoneIl y a longtemps que j’aime écrire, mais jusqu’à récemment, je préférais garder mes écrits pour moi. Peu à peu, grâce aux ateliers d’écriture et avec la naissance du blogue, j’ai dû dévoiler au grand jour, ma passion pour cet art et le fruit de ce travail. Malgré ce plongeon, une réserve persiste. J’ai donc entrepris de connaître les raisons qui me maintiennent dans une telle modestie.

D’abord, la gêne…

Hé oui! Je dois l’avouer : je suis une fille timide. J’aurais pu m’arrêter là dans ma réflexion, mais la réponse ne me suffisait pas. J’ai donc creusé et voici ce que j’ai trouvé.

Pour commencer, mes personnages m’habitent tant, qu’un jour je me suis mise à pleurer en entendant une chanson qui semblait s’adresser à Émily, l’héroïne de mon roman. Il m’arrive aussi d’avoir la gorge serrée en écrivant une scène touchante et de sourire avec eux dans leurs moments de bonheur.

À la lumière de cette première réflexion, je constate qu’écrire, c’est créer un monde imaginaire avec tout ce qu’il y a de réel à l’intérieur de moi. Il y a, dans la création, quelque chose de très personnel. Ouf! Pas facile pour quelqu’un de timide. Cependant, je sais que j’y arriverai. Il faudra seulement que je surmonte la crainte de ce que penseront les gens.

Ah non! La peur du jugement…

lumièreToute une bête! Tantôt rempli de gros bon sens, parfois dénué d’objectivité et trop souvent porté sans savoir, animé par une émotion spontanée. C’est là qu’il peut mordre et devenir blessant.

Vous savez, le genre de jugement que l’on se porte entre automobilistes. Je vous laisse le soin d’entendre résonner vos propres commentaires. De mon côté, je préfère ne pas entendre ce que dit le conducteur, coincé derrière cette femme qui embarque sur l’autoroute à une vitesse trop lente. Vous non plus, j’en suis convaincue.

Alors imaginez comment il pourrait être difficile, pour un auteur ou tout autre créateur qui ose enfin se livrer, de faire face à un tel entendement, vide de sens. Surtout après avoir passé des mois, voire des années sur un projet. C’est douloureux.

Pour continuer dans mon exemple de jugement, si la conductrice trop lente sur l’autoroute pouvait ouvrir sa fenêtre et lui expliquer qu’elle a perdu son mari dans un accident, l’opinion de ce conducteur serait tout à fait différente, même s’il n’aime pas sa façon de conduire.

De là surgit le jugement fondé et réfléchi, qu’on émet en toute connaissance de cause et qui aide à avancer. Celui-ci, je peux l’accepter aisément même s’il est négatif, il ne me fait pas peur! Je saurai même m’en enrichir.

Dans ce cas, si la peur du jugement ne représente qu’une toute petite cause à ma réserve, pourquoi suis-je si ancrée dans ma timidité?

Oui, c’est ça!

En réfléchissant,  j’arrive à un monstre tellement plus effroyable : L’INDIFFÉRENCE! L’une des définitions dit : « qui est dépourvu de sentiments, que rien ni personne n’émeut. » AOUCH! Quelle douleur! Que l’on soit artiste, inventeur, auteur ou simplement être humain, existe-t-il pire que l’absence d’intérêt?

Alors, ces personnages que je crée, un mot à la fois, avec tant d’amour et d’ardeur, ainsi que leur vie s’étalant sous ma plume et jaillissant de mon âme, plairont-ils à quelqu’un? Ou à tout le moins, feront-ils réagir?

Voilà pourquoi j’hésite toujours à dévoiler ma passion et mon projet. S’il fallait que mes écrits n’intéressent personne… C’est sans doute de là qu’est née la phrase : parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en!

 

Isabelle Lord

STOP OU ENCORE ?

photo-1427805371062-cacdd21273f1J’en suis à la dernière mouture de mon premier roman, avant de tenter la grande aventure de la publication. Bien que j’aie célébré toutes les phases de l’écriture jusqu’ici, ce dernier sprint ne me procure que du déplaisir! J’ai lu qu’il n’y avait que deux pulsions à la base de tous les sentiments : l’amour et la peur. J’en rajouterais un autre : le courage.

Le courage d’avancer
Je ne peux pas rester éternellement dans ce moment. Si j’aime, je continue, vrai? Et si je déteste, j’arrête? Comme chantait Plastic Bertrand : «Stop ou encooore». J’adore écrire, j’aime mon manuscrit… alors pourquoi je suis bloquée, là, juste avant la fin? Pourquoi je ne termine pas? Parce que j’ai peur, bêtement.

Le courage de reconnaître
Eh oui, j’ai peur. De ne pas me trouver un éditeur, de me trouver un éditeur, de ne pas être choisie, d’être jugée, d’être connue, de rester inconnue, de laisser aller mes personnages, de trouver un autre projet, de ne pas avoir de nouveau sujet, bref, vous voyez le genre. J’ai peur, point. Mais une fois ces peurs mises au jour… elles perdent de leur pouvoir, comme le squelette dans le placard!

Le courage d’affronter
Il faudra bien un jour que j’y mette le point final, à cette dernière version! Mais peut-on laisser aller son travail quand on a la ferme conviction qu’il pourrait être mieux, que rien n’est parfait? Qu’on pourrait relire, oh, juste une autre petite fois, rien que pour peaufiner telle scène, trouver un mot plus précis ici, couper encore un peu là. Il me faudra bien un jour arrêter de l’écrire, ce bouquin, si je veux qu’on le lise!

Le courage d’abandonner
Qu’est-ce que je perdrai en le laissant aller? Bon Dieu! Je traîne ce roman depuis quatre ans! C’est comme ma plante préférée ou un animal de compagnie, ça se laisse aimer, ça se laisse bichonner. Ça grandit, ça évolue. Mine de rien, ça respire ton air, ça occupe de l’espace. On s’attache et puis… il faut l’abandonner à sa destinée imparfaite, avec, eh oui, cette petite scène que l’on n’a pas peaufinée, ce mot inchangé, ce petit bout qu’on n’a (finalement) pas coupé.

Le courage de renaître
J’ai fini par affronter l’inévitable sentiment d’inachevé et je poursuis mon travail. J’ai toujours peur, mais ça ne me paralyse plus. Et, bonne nouvelle, une autre idée de roman germe dans mon compost. D’autres personnages se profilent déjà. Ils demanderont tout mon temps, mon attention. J’ai déjà hâte de m’y mettre, de retrouver le buzz de la création, cette drogue dure à laquelle je ne peux résister, que j’adore, qui me fait peur… Allez, courage, ma petite.

Anne-Marie Desbiens