Écrire, une corvée?

J’essaie d’imaginer les efforts incommensurables que devaient déployer nos ancêtres de la préhistoire pour graver quelques phrases dans la pierre. Même au Moyen-Âge, lorsque les scribes écrivaient à la plume sur leur parchemin, l’écriture demeurait fastidieuse. Aujourd’hui, grâce aux progrès technologiques de l’ère informatique, on pourrait croire que l’écriture n’a rien de difficile, que ça se fait tout seul. Hélas ! Ce n’est pas mon cas !

Pourquoi je n’ai pas terminé mon projet d’écriture

Lorsque je fais le bilan de ma vie, une question revient souvent : pourquoi n’ai-je toujours pas terminé mon projet de manuscrit démarré il y a 8 ans ? Bien sûr, je m’y suis consacrée à temps perdu, j’ai été aux études pendant longtemps, j’ai travaillé pour gagner ma vie (et je travaille encore !), sans compter les périodes où je n’étais pas du tout inspirée. Et surtout, il y a eu tant de blocages à surmonter.

Ma peur de publier

Pour être entièrement honnête, je vous dirais que j’ai eu plusieurs blocages qui nourrissaient ma peur de publier.

Il y a d’abord eu le syndrome de l’imposteur et la peur de ne pas être à la hauteur : qui suis-je pour me proclamer écrivaine ? Personne ne va me lire, je ne suis pas assez connue, je n’ai aucun talent.

Ensuite, la peur du jugement. La peur d’être incomprise, rejetée, mal-aimée. La peur qu’on me trouve inintéressante, trop déprimante, trop intense, trop sombre, la peur qu’on se moque de mon écriture, qu’on me pense folle, ou pire, qu’on pense que je suis identique à mes personnages.

Puis, la peur du cataclysme que la publication pourrait créer dans ma vie. La peur que des inconnus me connaissent trop. La peur de révéler sans le vouloir une part très intime de moi.

Enfin, et surtout, il y a eu la peur de créer du malaise chez mes lecteurs (la pire des émotions selon moi). La peur d’être trop lourde et de déprimer les gens au lieu de leur transmettre réconfort et espoir. La peur de rajouter du drame dans la vie des gens qui ont déjà trop souffert, la peur d’ajouter des histoires d’horreur dans un monde qui en contient déjà trop.

Puis est venue la révélation : j’ai le droit d’exister, d’être moi-même et d’oser écrire ce que j’ai envie. Mes peurs m’ont déjà empêchée de faire trop de choses dans ma vie.

Mais maintenant que je suis passée par-dessus ces blocages, le lion qu’il me reste à dompter, la principale raison à cette lenteur de production, c’est mon manque de discipline.

Il ne faut pas se leurrer : bien que l’écriture apporte son lot de joie, cette activité demande tout de même des efforts, beaucoup d’efforts. Écrire un recueil de nouvelles exige du travail, et qui dit travail dit discipline.

Mes résolutions

J’ose à peine l’avouer, mais je suis la procrastineuse par excellence. Je trouve difficile de m’asseoir et de commencer. Une fois la première phrase écrite, le reste vient généralement plutôt facilement. J’ai pris comme résolution de terminer l’écriture de mon projet à la fin juin 2018, et pour y arriver, j’ai dressé la liste des éléments qui m’aideraient à m’atteler à la tâche.

  • Me faire une boisson chaude : chocolat chaud, thé ou café latté, avec ou sans biscuit, gâteau ou tartine
  • M’installer dans un café ou un autre coin tranquille, loin des distractions comme la télévision, le téléphone, internet
  • Allumer des chandelles pour créer une ambiance sacrée
  • Écrire avec des amies et leur partager mes blocages
  • M’inscrire à un atelier d’écriture ou consulter une coach
  • Relire mes citations sur l’écriture (j’en parle ici)
  • Me fixer un moment dans la semaine, une plage horaire dédiée à mon manuscrit. Par exemple, ne rien planifier d’autre le mardi après-midi ou le dimanche matin.

Écrire demande de faire l’effort de s’installer : écran et clavier, ou feuille et crayon, peu importe, il faut s’asseoir et avoir la patience d’attendre que les idées surgissent. Pour moi, les scènes apparaissent sous forme d’images. Lorsque je les capte, il me reste simplement à les convertir en mots. Mais pour y arriver, il faut de la discipline, du silence, de la patience, et la volonté d’écouter ce qui cherche à s’exprimer.

C’est vrai, j’aime rêvasser. Mais pour publier un livre, il ne suffit pas de rêver d’écrire. Fini, la procrastination !  Je terminerai mon manuscrit cet été. J’adore la satisfaction qui me gagne chaque fois que je termine l’écriture d’une nouvelle. On ne peut nier qu’écrire demande des efforts, mais quelle joie quand on réussit à trouver les mots justes ! Je ne peux qu’imaginer l’intensité du sentiment d’accomplissement que j’éprouverai en mettant le point final à mon manuscrit. Ce sera ma source de motivation dans les prochains mois.

Mariko Beaupré

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Des histoires de Noël

À l’approche de Noël, les Filles ont eu envie de vous écrire des petits textes pour vous mettre dans l’esprit des Fêtes. Nous espérons que nos mots vous réchaufferont le cœur et que votre temps des Fêtes sera rempli de moments de bonheur! 

Pour lire notre petit livre d’histoires de Noël, cliquez sur le lien suivant:

Des histoires de Noël 

 

Portrait de l’auteure Mariko Beaupré, la guerrière tendre

J’ai fait la connaissance de Mariko lors d’un cours intensif de textes de création. Cette grande jeune femme m’avait d’abord intriguée par son engagement passionné dans les discussions et par l’intensité de ses textes, qu’elle lisait avec une grâce ingénue malgré des thèmes difficiles et dérangeants. Mais c’est avec ses haïkus qu’elle m’a définitivement conquise, petits poèmes remplis d’humour savoureux et d’une force implacable.

Voilà la magie de son écriture, que j’appelle « la petite musique de Mariko » : des mots qui s’égrènent avec douceur et qui, sans en avoir l’air, finissent toujours par nous asséner un direct en plein cœur.
Voilà maintenant l’auteure, benjamine des Filles du café, que j’appelle secrètement « La guerrière tendre ». Parce que sa grande douceur côtoie une force de résilience impressionnante. Et que sous son rire cristallin se cache le cri d’une combattante.

 

Écrire pour dire et embellir la vie

« J’ai commencé à écrire à l’été de mes 11 ans. Je tripais sur les Indiens, alors j’ai commencé à écrire une histoire d’Amérindiens, une histoire de vengeance, dans laquelle le héros menait une quête solitaire. Puis, un poème sur la neige, sur la beauté de la neige, qui était embellie par mes mots. J’ai alors compris que l’écriture permet d’amplifier les émotions, les rendre visibles pour les autres. »

 

La lecture est au centre de la vie de la fillette, elle va même jusqu’à lire très tard dans la nuit, en cachette sous les couvertes avec une lampe de poche… comme dans les livres! Anne aux pignons verts devient son livre culte. « C’est la première fois que la lecture me proposait un monde plus intéressant que la vie! » Et Mariko avoue qu’elle s’identifie de bien des façons à l’héroïne. « J’ai grandi avec six frères, alors j’ai, comme elle, voulu prouver que j’étais aussi bonne que les gars. Ça a d’ailleurs alimenté mon côté féministe (sourire).  Sa touche humaine, son romantisme, sa façon de vivre dans sa tête, c’est moi tout craché! Je me suis retrouvée également dans son exaltation, son idéalisme. »

 

Collectionneuse de mots

Les mots la fascinent tant qu’elle collectionne ceux des autres, qu’elle consigne dans son carnet de citations. « Je collectionne les mots comme d’autres les papillons. Mon carnet regorge de phrases qui me touchent, qui résonnent tellement vraies! Ça m’impressionne de voir que des gens ont trouvé les mots pour décrire la façon dont je me sens exactement. Ça me rassure. » Parmi ses préférées : « L’art est une blessure qui devient lumière », de Georges Braque et celle, bien connue, de Leonard Cohen : « There’s a crack in everything, that’s how the light gets in. »

 

Aujourd’hui, elle est devenue l’auteure qu’elle enviait, enfant, grâce à son recueil de nouvelles. « Écrire est un acte de communion avec soi qui permet de connecter avec les autres. C’est à la fois personnel et universel. Je m’exprime sans censure, je dénonce, je mets de l’avant des idées et je souhaite qu’elles aient un impact positif sur la société. » Mariko a commencé son manuscrit il y a huit ans, mais elle a pris de longues pauses durant le travail, car le sujet est très intense. Adorant le processus de création, elle avance avec détermination et courage parce que son besoin d’écrire est viscéral.

 

L’écriture comme exutoire

« Quand j’ai commencé à travailler à mon manuscrit, le sujet — l’inceste, la pédophilie, le viol — était tabou. Ça l’est moins, alors je vais m’inscrire dans la tendance. Je ne crois pas qu’il peut y avoir trop d’ouvrages sur ce sujet. On ne pourra jamais assez en parler. » Comme le sujet englobe bien des problématiques et plusieurs aspects, les possibilités de Mariko sont multiples. « Chacune de mes nouvelles adopte un point de vue différent, pour aborder le sujet sous tous ses angles. Ça m’oblige à aller chercher plus loin. C’est comme un cube Rubik que je tourne et retourne pour essayer de comprendre. C’est ma façon de laisser une trace de mes observations, de mes apprentissages. J’ai peur qu’on m’oublie. J’ai eu un accident de voiture il n’y a pas si longtemps, et je me suis dit : si j’étais morte là, aurais-je été satisfaite de ma vie? Bien sûr que non : je n’ai toujours pas publié de livre! L’écriture me permet de laisser une part de moi. Ça m’apporte un sentiment d’accomplissement. Je pourrai dire : enfin, on m’a comprise. »

 

En vrac

 

Tu te sens reconnaissante pour
Les gens qui m’entourent, qui me soutiennent, qui m’encouragent à avancer, qui contribuent à mon épanouissement.

 

5 choses à faire plus souvent

Voyager, cuisiner, écrire (!), conduire, laisser mon corps exulter (danse, yoga, vélo)

 

Les petits riens qui te rendent heureuse

Un pique-nique entre amis l’été

Lire en buvant un chocolat chaud l’hiver

M’asseoir dans un parc et écrire

 

Ce que tu dirais à la Mariko de 18 ans

Fonce, fille, sois fière de toi, crois en toi, tu mérites le bonheur, aies pas peur d’écrire ce que tu as envie de dire!

 

Une chose dont tu veux toujours te rappeler

La joie des premières fois

 

Ce qui est indispensable à ta vie

La créativité. Sans ça, ce serait plate!

 

Ce dont tu es le plus fière

De mon progrès, de mes démarches pour avancer. De ma lumière que j’apprends de plus en plus à faire briller.

Cette lumière, Mariko la diffuse aussi bien dans ses écrits que dans sa vie, à sa manière si particulière : aussi douce qu’éclatante.

 

Anne-Marie Desbiens

 

Le poids de la honte, un texte de Mariko

Cette semaine, Mariko nous offre un texte qui tombe à point avec la vague de dénonciations d’agressions et harcèlements sexuels des derniers jours.

Ce beau texte nous raconte l’histoire d’une victime qui fait tout ce qu’elle peut pour se relever. Une survivante courageuse qui vous inspirera. Impossible de rester insensible à ce partage. À lire absolument.

Pour lire la nouvelle de Mariko, cliquez sur ce lien: Le poids de la honte.

Mariko interviewe Annie

Dans le cadre de notre série d’entrevues des Filles du café littéraire, c’est aujourd’hui le tour de Mariko de nous présenter l’une des nôtres. Elle nous décrit avec affection notre chère Annie.

Pour lire l’entrevue faite et rédigée par Mariko, cliquez sur ce lien: Annie. Ceux qui connaissent déjà Annie reconnaîtront bien cette femme sensible et lumineuse.

Bonne lecture!

Ville de droitiers, un texte de Mariko

Vous est-il déjà arrivé d’être témoin de la détresse d’un inconnu? Si vous êtes pressé et que vous croisez un étranger qui a besoin d’aide, qui est victime d’une agression ou d’une autre injustice, aurez-vous le réflexe de lui porter secours?

Mariko nous raconte une histoire qui illustre comment l’attitude d’une seule personne peut tout changer. Cette lecture ne laissera personne indifférent.

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Pour lire la nouvelle de Mariko intitulée Ville de droitiers, cliquez sur ce lien: Ville de droitiers.

Et si le coeur vous en dit, n’hésitez pas à nous laisser un petit commentaire en bas de page! Nous aimons vous lire.

Les bienfaits de l’art

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Je suis arrivée à cette période de ma vie où la moitié de mes amies ont des enfants et je me demande sérieusement si j’en aurai. Je me surprends parfois à rêvasser, à m’imaginer avec un bébé naissant gazouillant dans les bras, ou bien avec un bambin sur les genoux qui me pose beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Je m’interroge sur les valeurs essentielles à lui transmettre si cela se produit.

Évidemment, je n’y connais rien à la meilleure façon d’élever un enfant. Mais en me basant sur mon expérience personnelle, je dirais que la pratique d’une activité artistique est un ingrédient essentiel à l’épanouissement d’un être humain. Il s’agit donc d’un élément que j’aimerais enseigner à mon enfant. L’art est loin d’être inutile. Voici sept bonnes raisons de transmettre l’art en héritage.

 

La beauté

Comme la contemplation d’un coucher de soleil, lire un texte littéraire a la faculté de nous emplir de joie et de légèreté. Une belle œuvre nous rend heureux d’être en vie et nous fait se sentir privilégiés d’en être témoin.

 

Le défoulement

Pratiquer un art nous libère et fait du bien. Exprimer pleinement sa créativité est une pulsion saine. La page vierge est un espace infini qui accueille sans juger, une option merveilleuse pour se débarrasser d’une lourdeur, d’une rage ou d’une tristesse.

 

La connaissance de soi

Écrire nous permet d’explorer notre intériorité. En laissant notre crayon courir sur le papier, même s’il s’agit de personnages marginaux et d’histoires inventées, nous obtenons des indices sur notre personnalité, nos préoccupations et nos valeurs. Selon l’écrivaine Natalie Goldberg, on écrit presque toujours sur nos obsessions. En effet, beaucoup d’écrivains traitent constamment des mêmes thèmes.

 

Les émotions des lecteurs

Dans la littérature, on traite toujours de thèmes universels qui à coup sûr vont émouvoir certaines personnes. Il m’est arrivée souvent de lire un texte et de me sentir très près de son auteur, même sans l’avoir vu en personne. L’art nous unit, et certaines connexions sont très fortes. En lisant un livre dont j’aurais pu être l’auteure tellement il me touche, je me sens comprise dans ce que j’ai vécu. Et ça, ça n’a pas de prix. Combien de fois m’est-il arrivée de me sentir seule, incomprise? La lecture met fin à ma solitude.

 

Une connexion à plus grand que soi

Il y a quelque chose de spirituel dans l’acte d’écrire, une sorte de connexion à quelque chose de plus grand que soi. Après un certain temps, les idées semblent venir d’une source extérieure à nous, sans que nous ne comprenions vraiment le processus créatif. Écrire, cette activité méditative, nous fait porter attention aux détails et nous rend réceptifs aux images se manifestant en nous. Nous sommes sans cesse éblouis face à ce qu’il nous est possible de créer et nous sommes bien embêtés lorsqu’on nous demande où nous prenons notre inspiration.

 

La croissance

Comme le dit si bien Pierre Bertrand dans son livre Pourquoi créer, la création nous permet de défaire nos blocages, car une œuvre est toujours intimement liée à la vie de son auteur. Selon Pierre Bertrand, lorsqu’un artiste rencontre un blocage dans la création de son œuvre, le phénomène de la page blanche par exemple, c’est qu’il vit aussi un blocage dans sa vie personnelle. En d’autres mots, pour régler une situation problématique dans sa vie, l’écrivain doit d’abord régler son problème de création. L’inverse est aussi vrai.

 

L’accomplissement

Donner naissance à une œuvre permet de s’accomplir et de laisser une trace pour qu’on ne nous oublie jamais. Développer un talent nous rend fiers. J’irais même jusqu’à dire que l’acte créateur fait de nous de meilleurs êtres humains, car l’épanouissement vécu nous rend plus équilibrés.

Mariko Beaupré